L’impact des gestes présents

Introduction – Le stéréotype de la pensée

On entend souvent que nos gestes quotidiens n’ont pas d’influence sur les événements futurs parce que, soit ces événements sont complètement indépendants de nos gestes, soit l’impact de nos gestes est une goutte dans l’océan. Si telle est la réalité, notre vie est bien triste. Nous serions alors obligés de suivre le mouvement collectif, même si celui-ci ne suit pas la bonne direction. L’autre option serait d’être marginalisé et rester à l’écart de la société.

Il y a énormément d’exemples qui illustrent ce type de pensée. Attardons-nous sur un exemple exemples, celui de l’industrie du transport aérien. Je vais en mentionner 2 autres à la fin. Commençons par dire que les compagnies aériennes vendent des services périssables. En d’autres mots, si la compagnie n’arrive pas à vendre certains sièges  d’un vol, les revenus qu’auraient générés ceux-ci seront perdu à jamais.

J’ai entendu à plusieurs reprises des personnes dire : “…De toute manière, si le siège n’est pas rempli l’avion décollera quand même”. En d’autres mots :” Peu importe ce que tu fais, en tant qu’individuel, tu n’auras pas d’impact sur les événements futur, donc quitte à en profiter et réserver ce siège”.

Et le long terme dans tout ça?

Cette vision est une vision de court terme et néglige complètement les stratégies qu’implémentent les compagnies aériennes. En effet, l’objectif de toute compagnie est de générer des revenus. De plus, il me semble que lorsque celles-ci possèdent des actifs aussi importants que les compagnies aériennes il devient essentiel d’avoir une vision de long terme, ou même de très très long terme.

Je m’explique: Tout le monde sait que ces compagnies calculent les prix des billets grâce à des algorithmes informatiques qui utilisent des paramètres tels que le nombre de places disponibles pour chaque vol, le temps qui reste jusqu’au décollage etc. L’objectif des ces algorithmes est bien évidement de remplir le plus possible les avions tout en maximisant les revenus, c’est à dire en allant chercher les prix maximums que les clients sont prêts à payer.

Dans la même logique, il est évident que ces compagnies tentent d’établir un modèle optimal pour le nombre de correspondances par origine et par destination de vol. C’est pour cette raison qu’une compagnie va habituellement affréter un grand nombre de vols dans un aéroport avec beaucoup de clientèle ou pour cette raison également que les correspondances saisonnières existent. Si la demande (les clients) s’en vont à un autre endroit, les compagnies vont tenter de s’adapter en changeant les vols pour continuer à générer des revenus.

Si donc, un individu décide de ne pas acheter une place d’avion et que cette place reste vide, il est vrai que l’avion décollera quand même, puisque la compagnie ne voudrait pas décevoir les clients qui se sont procuré des places. Cependant, (et c’est ça la vision au long terme) si le siège reste vide, la compagnie en tiendra compte dans ses calculs de prévisions futures. Si elle juge qu’il n’y a pas suffisamment de demande, elle pourrait supprimer un pourcentage des vols de et/ou vers certaines destinations. Nos actions (ou inactions) rentrent dans les statistiques et c’est un moyen efficace d’envoyer des messages aux compagnies.

Deuxième exemple: La consommation d’aliments

Les chaînes de supermarchés sont des entreprises qui essayent elles aussi de générer des profits. Il est connu que les supermarchés jettent à la poubelle des quantités assez impressionnantes de nourriture pour diverses raisons. Une d’elles est que certains de leurs produits sont périssables. Prenons par exemple la viande (je sens que je touche un point sensible!). Certains végétariens refusent de manger de la viande pour des raisons éthiques et souhaitent que l’industrie de la viande diminue le volume de production. Posons-nous la question de savoir si le fait d’avoir subitement une augmentation du pourcentage de végétariens dans la population aura un impact.

En faisant l’hypothèse simple que le nombre de consommateurs de viande reste constant et que leur volume de consommation aussi, on établit clairement que la demande de viande baissera. Dans le court terme, les pièces de viandes qui étaient destinées  aux nouveaux végétariens resteront invendues (sauf si la chaîne de supermarché propose des promotions intéressantes). Ceci est du au fait que les prévisions des supermarchés n’avaient pas pris en compte le changement du type d’alimentation de ces personnes et on pourrait croire que c’est dommage de gaspiller de la bonne viande. La partie intéressante est la suivante.

Suite à ces événements, la chaîne de supermarchés préférera sans doute diminuer ses stocks de viande afin de ne plus subir des pertes  et donc de maximiser ses revenus. Ces changements se répercuteront inévitablement aux producteurs de viande, qui ne voudront pas rester avec de la viande invendue sur les bras et baisseront le volume de production.

Le phénomène inverse se passera avec les producteurs de légumes qui auront une augmentation de la demande.

Troisième exemple: la consommation d’énergie

L’énergie est aussi soumise à l’offre et à la demande. Au Québec, on entend souvent dire “Pas besoin d’éteindre la lumière, de toute manière elle est produite à partir d’hydroélectricité”. En effet, il s’agit d’une énergie propre, mais en abuser pourrait avoir des conséquences. Faisons l’hypothèse simple que le Québec produit de l’électricité à partir de plusieurs centrales hydroélectriques et donc peut satisfaire jusqu’à une certaine quantité à la demande. La compagnie d’électricité d’état récolte pendant plusieurs décennies les habitudes de consommation d’électricité et en combinant ces informations avec des événements futures elle est capable de faire certaines prédictions qui dicteront les directions à prendre.

Le fait de laisser les lumières allumées inutilement pourrait avoir comme conséquence de créer des prévisions de demande d’électricité à la hausse telles que la compagnie d’état décide de construire d’autres barrages hydroélectriques, ou pire; de construire des centrales moins propres que l’énergie hydroélectrique. Aucun de ces scénarios ne serait acceptables puisque la demande d’électricité “réelle” serait en réalité plus faible.

Conclusion

Il y a beaucoup de services et beaucoup de produits qui sont disponibles de nos jours. Cela ne veut pas pour autant dire que parce qu’on a la possibilité de les consommer qu’il faille le faire.

Nous avons également prouvé que nos choix de consommation présents ont un impact sur le futur, via les statistiques et les données de consommation. Ceci est valable surtout pour les compagnies qui souhaitent maximiser leurs revenus. Ceci créer un paradoxe puisqu’il peut y avoir du gaspillage au court terme, pour devenir plus durable au long terme.